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Nimba Mining Company : une convention minière historique qui appelle un débat citoyen sur la gouvernance de nos ressources (Tribune de Elhadj Macky LY Consultant International)

Ibrahima Ndiaye by Ibrahima Ndiaye
8 août 2026
in A la une, Actualités, Afrique, Economie, Environnement, Guinée, International, Mines, Santé, Sécurité, Societé, Transports, Tribune
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La signature de la première convention minière de Nimba Mining Company constitue un événement important dans l’histoire minière récente de la Guinée. Elle marque une nouvelle étape : celle d’une société minière détenue à 100 % par l’État guinéen, appelée à jouer un rôle dans la valorisation de notre patrimoine minier. Cette évolution mérite d’être saluée.

Mais précisément parce qu’elle est historique, elle mérite aussi d’être regardée avec attention — non dans un esprit de suspicion, mais dans un esprit de responsabilité citoyenne. Il ne s’agit pas de contester la légitimité de Nimba Mining Company, mais de comprendre le cadre juridique, économique et institutionnel dans lequel cette convention a été conclue.

 

1. Une configuration institutionnelle inédite

Pour la première fois, semble-t-il, la République de Guinée signe une convention minière avec une société dont elle est l’unique actionnaire. L’État y est simultanément :

●       propriétaire des ressources minières du pays ;

●       autorité qui accorde les droits miniers ;

●       actionnaire à 100 % de Nimba Mining Company ;

●       partie signataire de la convention.

Cette configuration n’est pas nécessairement anormale — elle existe dans plusieurs pays où l’État développe des entreprises stratégiques. Mais elle crée une exigence supplémentaire : celle d’une transparence exemplaire.

2. Qui négocie avec qui ?

Dans une convention minière classique, l’État concède un droit et l’investisseur privé apporte des capitaux, une technologie, et prend des risques. Les deux parties défendent des intérêts différents.

Dans le cas de Nimba Mining Company, une question institutionnelle mérite d’être posée : quelle structure a négocié au nom de l’État propriétaire du patrimoine national, et quelle structure a négocié au nom de l’entreprise publique bénéficiaire de la convention ? Cette question n’est pas une accusation. Elle relève d’un principe simple de gouvernance : lorsque plusieurs fonctions publiques se concentrent entre les mêmes mains, les mécanismes de contrôle doivent être renforcés.

3. Gouvernance interne : quelles garanties statutaires ?

Comme toute société anonyme, Nimba Mining Company est soumise aux règles de fonctionnement prévues par l’Acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales. Ces règles prévoient que les actes engageant la société au-delà de la gestion courante relèvent, selon les statuts, du Conseil d’administration — et non du seul Directeur général.

Plusieurs questions de gouvernance interne restent à ce jour sans réponse publique :

●       Quelle est la composition actuelle du Conseil d’administration de Nimba Mining Company ?

●       Le Conseil a-t-il expressément autorisé le Directeur général à signer cette convention, conformément à l’objet social et aux pouvoirs qui lui sont statutairement délégués ?

●       Le procès-verbal de la délibération correspondante a-t-il été établi, et dans quelles conditions ?

●       Le commissaire aux comptes de la société était-il présent ou consulté, comme l’exige la vigilance attendue pour un acte engageant une entreprise publique de cette ampleur ?

Ces questions ne mettent en cause ni la légalité de la convention ni la bonne foi des dirigeants. Elles relèvent simplement du respect des formes prévues par le droit des sociétés pour tout acte engageant une société anonyme sur le long terme. Leur publication apporterait une garantie supplémentaire : celle qu’une décision de cette portée a suivi un processus collégial, et non la seule initiative d’un dirigeant, aussi compétent soit-il.

4. Une convention qui engage l’avenir

Une convention minière n’est jamais un simple document administratif. Elle peut déterminer, pendant plusieurs décennies :

●       le régime fiscal applicable ;

●       les obligations d’investissement ;

●       les engagements environnementaux ;

●       les règles de contenu local ;

●       les obligations de transformation ;

●       les mécanismes de règlement des différends ;

●       les garanties accordées à l’opérateur.

Elle engage donc non seulement les dirigeants actuels, mais aussi les générations futures. C’est pourquoi les citoyens sont en droit de comprendre les principales dispositions qui encadrent l’exploitation d’une partie du patrimoine minier national.

5. Quel avenir pour cette convention ?

Aujourd’hui, Nimba Mining Company appartient entièrement à l’État. Mais une société publique peut évoluer. Demain, l’État pourrait décider d’ouvrir une partie du capital à un partenaire stratégique, d’accueillir un investisseur industriel, ou de créer une joint-venture. Dans ce cas, les droits et avantages prévus dans la convention bénéficieraient-ils automatiquement à de nouveaux partenaires privés ? Cette question mérite d’être anticipée dès aujourd’hui.

6. Le rôle du Parlement et le contrôle démocratique

Les ressources minières appartiennent à la Nation. Dans toutes les grandes démocraties minières, les contrats engageant des ressources stratégiques font l’objet d’un contrôle institutionnel important. La question est donc légitime : cette convention suivra-t-elle la même procédure d’approbation et de contrôle que les autres grandes conventions minières de Guinée ? Si oui, cette démarche renforcera la légitimité du projet. Si non, il serait utile d’en expliquer clairement le fondement juridique.

7. Une signature intervenue dans un contexte diplomatique tendu

Cette convention est signée dans un contexte particulier. Quelques jours plus tôt, le 3 août 2026, les États-Unis ont rendu permanent leur programme de caution financière — pouvant atteindre 20 000 dollars — pour les ressortissants guinéens sollicitant un visa de tourisme ou d’affaires, après avoir mis fin, dès le 1er août 2026, au traitement des demandes de visas ordinaires à l’ambassade de Conakry, désormais redirigées vers Dakar. Un mois plus tôt, le 7 juillet 2026, le Conseil de l’Union européenne avait pris des mesures restrictives sur les visas Schengen concernant les ressortissants guinéens.

La cérémonie de signature s’est tenue en présence du ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger. Sa présence n’est pas un détail protocolaire : elle place cette convention minière au croisement de deux agendas — la valorisation économique de la bauxite, et la défense des intérêts des ressortissants guinéens à l’étranger.

Cette proximité de calendrier soulève une question légitime, sans qu’il faille y voir une intention cachée : la Guinée, premier détenteur mondial de réserves de bauxite, entend-elle faire de sa position minière stratégique un levier dans ses relations avec ses partenaires occidentaux — y compris sur les sujets qui touchent directement à la condition de ses ressortissants à l’étranger ? Une convention à habillage souverainiste gagnerait en cohérence si elle s’accompagnait d’une doctrine claire reliant maîtrise des ressources et défense de la dignité des Guinéens hors du pays.

8. Souveraineté affichée et direction de l’entreprise : une cohérence à clarifier

Nimba Mining Company se présente elle-même comme « l’excellence minière 100 % guinéenne », et son Directeur général met en avant, comme premier motif de fierté, un taux de personnel guinéen élevé au sein de l’entreprise. Ce sont des chiffres qui méritent d’être salués s’ils sont exacts et durables.

Mais la direction générale de l’entreprise est confiée à un dirigeant expatrié. Ce choix n’est pas illégitime en soi : la Guinée a besoin de compétences techniques pointues dans la bauxite et l’alumine, et le secteur minier mondial fonctionne largement sur ce type de profils. La question n’est donc pas de contester la compétence du dirigeant en poste.

La question est de cohérence : lorsqu’une entreprise publique érige la souveraineté et la « guinéanisation » en discours fondateur, les citoyens sont en droit de savoir sur quels critères s’est faite la nomination à sa tête, quel est le plan de transfert de compétences vers un encadrement national, et à quelle échéance la direction elle-même pourrait, à son tour, se « guinéaniser ». Publier ces éléments renforcerait la crédibilité du discours plutôt que de l’affaiblir.

9. La souveraineté minière ne se mesure pas seulement à la propriété

Le fait que l’État possède une entreprise minière constitue une avancée importante. Mais la véritable souveraineté minière repose sur trois piliers : la propriété ou la maîtrise des ressources ; la capacité industrielle et financière de les valoriser ; et la qualité des institutions qui garantissent la transparence et la protection de l’intérêt général. Une entreprise publique peut devenir un formidable outil de souveraineté économique — à condition d’être soumise aux exigences les plus élevées de gouvernance, car elle gère un patrimoine collectif.

Un appel à la transparence constructive

La publication de la convention minière de Nimba Mining Company serait un acte fort. Elle ne fragiliserait pas l’État ; au contraire, elle renforcerait la confiance. La transparence n’est pas un signe de faiblesse — elle est une preuve de maturité institutionnelle.

La Guinée a fait le choix de reprendre progressivement la maîtrise de ses ressources naturelles. Cette ambition mérite d’être accompagnée par un débat public responsable. La question n’est pas de savoir si Nimba Mining Company doit réussir. La question est de faire en sorte que son succès soit celui de toute la Nation. Car la souveraineté minière ne se proclame pas seulement dans les discours : elle se construit par des décisions transparentes, des institutions solides, et une responsabilité assumée devant les générations présentes et futures.

 

Elhadj Macky LY

Consultant International

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