Addis-Abeba, 26 février 2026. Les dirigeants politiques, chefs d’entreprise et institutions de développement du continent ont renouvelé leur engagement en faveur de la libre circulation des personnes en Afrique, présentée comme un levier essentiel de transformation économique dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Cet appel a été réaffirmé lors d’un symposium de haut niveau organisé conjointement par le Groupe de la Banque africaine de développement et la Commission de l’Union africaine, en marge du 39e Sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba. Placée sous le thème « Promouvoir une Afrique sans visa pour la prospérité économique », la rencontre a mis en lumière la mobilité comme maillon clé de l’intégration continentale.
La mobilité, chaînon manquant de l’intégration
Si la ZLECAf favorise progressivement la baisse des barrières tarifaires, les régimes de visas restrictifs continuent de freiner le commerce des services, les flux d’investissement, le tourisme et la mobilité de la main-d’œuvre. Pour de nombreux intervenants, l’ouverture des frontières aux citoyens africains représente une étape décisive pour concrétiser les ambitions économiques du continent.
Alex Mubiru, directeur général du Groupe de la Banque africaine de développement pour l’Afrique de l’Est, a souligné que l’exemption de visas, l’interopérabilité des systèmes numériques et l’intégration des marchés constituent des leviers concrets pour stimuler l’entrepreneuriat, l’innovation et les chaînes de valeur régionales. Selon lui, les preuves économiques en faveur de l’ouverture des visas sont claires et appellent à une transformation profonde plutôt qu’à des réformes graduelles.
Accélérer la mise en œuvre des cadres continentaux
Amma A. Twum-Amoah, commissaire à la santé, aux affaires humanitaires et au développement social de la Commission de l’Union africaine, a plaidé pour une application plus rapide des instruments continentaux existants. Elle a présenté la libéralisation des visas comme un outil stratégique pour approfondir les marchés régionaux et renforcer les réponses collectives face aux crises économiques et humanitaires.
L’ancienne présidente de la Commission de l’UA, Nkosazana Dlamini-Zuma, a rappelé que la libre circulation des personnes figure au cœur de l’Agenda 2063. Elle a exhorté les États membres à opérationnaliser des initiatives telles que le passeport africain et le Protocole sur la libre circulation des personnes.
Des exemples nationaux et sectoriels encourageants
La ministre ghanéenne du Commerce et de l’Industrie, Elizabeth Ofosu-Adjare, a mis en avant l’expérience du Ghana, qui a adopté des politiques favorables à l’ouverture des visas pour les voyageurs africains. Elle a indiqué que cette démarche a déjà généré une augmentation des voyages d’affaires, du tourisme et de l’intérêt des investisseurs.
Les discussions ont également porté sur les résultats du dernier Indice d’ouverture sur les visas en Afrique, qui révèle que plus de la moitié des voyages intra-africains nécessitent encore un visa préalable — un obstacle majeur à l’essor du commerce intra-continental.
Mesfin Bekele, directeur général d’Ethiopian Airlines, a appelé à la mise en œuvre complète du Marché unique du transport aérien africain (MUTAA), estimant que la connectivité aérienne et la libéralisation des visas doivent progresser de concert.
Des représentants régionaux, dont Elias Magosi, secrétaire exécutif de la SADC, ont insisté sur l’importance de renforcer la confiance entre États grâce à une gestion efficace des frontières et à des systèmes numériques de partage d’informations.
Un engagement renouvelé pour une Afrique sans visas

Les participants ont conclu que la réalisation d’une Afrique sans visa nécessitera une harmonisation des politiques migratoires, le déploiement de systèmes d’identité numérique interopérables, le renforcement des infrastructures frontalières et un engagement politique soutenu.
En guise de geste symbolique, les participants ont signé un « mur des passeports », marquant leur soutien à l’accélération des réformes destinées à faciliter la circulation des citoyens africains sur le continent.
Le Groupe de la Banque africaine de développement et la Commission de l’Union africaine ont réaffirmé leur volonté de poursuivre leur collaboration avec les États membres et les organisations régionales afin de promouvoir des approches coordonnées en matière de mobilité, considérée comme un pilier fondamental de l’intégration, de la compétitivité et de la croissance durable de l’Afrique.

