« Je continue à chercher ma fille… », confie une mère dont l’enfant a été placée dans une institution en Russie. La peur de l’oubli, la séparation prolongée et l’angoisse de ne jamais la retrouver disent le traumatisme des familles.
Ce témoignage s’inscrit dans un dossier documenté par la Commission d’enquête de l’ONU, fondé sur ces preuves irréfutables concernant la déportation et le transfert d’un total de 1 205 enfants. Des preuves qui ont amené les enquêteurs de l’ONU à conclure à des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre.
Derrière ces récits brisés, l’enquête internationale décrit un mécanisme organisé. « Les déportations et les transferts ont commencé peu avant l’invasion à grande échelle, à partir de zones situées dans cinq oblasts occupés de l’Ukraine, et ont été effectués de manière coercitive », a déclaré le président de la Commission d’enquête internationale indépendante sur l’Ukraine.
Opérations conçues « au plus haut niveau » à Moscou
Devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, jeudi à Genève, Erik Møse note que quatre ans plus tard, 80 % de ces enfants ne sont toujours pas rentrés chez eux. « De nombreux parents, tuteurs légaux ou proches les recherchent encore », a-t-il ajouté.
Selon la Commission d’enquête de l’ONU, ces opérations ont été conçues et mises en œuvre « au plus haut niveau du gouvernement russe et des autorités régionales, y compris dans les territoires occupés ».
De nombreux parents et tuteurs légaux ignorent toujours le sort et le lieu où se trouvent les enfants et continuent de les rechercher. Pour les familles, qui sont restées longtemps dans l’ignorance du sort réservé à leurs enfants, les conséquences ont été particulièrement lourdes.
« Cela a entraîné de longues séparations, de la détresse et des souffrances », a affirmé M. Møse.
Disparitions forcées
Les enfants, eux aussi, ont souffert de traumatismes et d’anxiété. Les enquêteurs de l’ONU ont ainsi recueilli le témoignage d’un enfant qui a réussi à rentrer en Ukraine: « J’étais triste, j’avais peur. J’avais peur de devoir vivre en Fédération de Russie ».
D’après les cas examinés par la Commission d’enquête, 80 % des enfants ne sont toujours pas rentrés chez eux. Ceux qui ont réussi à organiser leur retour ont rencontré des obstacles, des retards et des risques pour leur sécurité.
« Ces actes ont été généralisés et systématiques, commis dans le cadre d’une politique délibérée, et constituent des disparitions forcées, ce qui est un crime contre l’humanité », a fait valoir l’enquêteur de l’ONU.
Au lieu de mettre en place un mécanisme facilitant le retour des enfants, les autorités russes à différents niveaux ont coordonné des mesures juridiques et pratiques afin d’organiser leur placement à long terme dans des familles ou des institutions dans 21 régions de la Russie et dans les zones occupées de l’Ukraine.
Ressortissants de 17 pays engagés aux côtés de la Russie
La Commission d’enquête de l’ONU a également examiné le cas de ressortissants de 17 pays recrutés pour combattre aux côtés des forces armées russes en Ukraine. Il s’agissait d’hommes originaires d’Azerbaïdjan, de Biélorussie, du Brésil, de Cuba, d’Égypte, du Ghana, d’Inde, d’Irak, du Kazakhstan, du Kenya, du Népal, de Somalie, du Sri Lanka, du Tadjikistan, de Turquie et du Yémen.
Beaucoup affirment avoir été attirés depuis l’étranger par des promesses d’emplois civils ou d’arrangements lucratifs, avant d’être contraints de signer des contrats en russe qu’ils ne comprenaient pas et envoyés à des tâches dangereuses sur le front. La Commission a recueilli leurs témoignages ou ceux de leurs familles, évoquant des recrutements menés par des autorités russes ou des civils agissant en leur nom.
Les enquêteurs indépendants de l’ONU rapportent que de nombreux étrangers recrutés par les forces armées russes n’avaient aucune expérience militaire ni connaissance du russe. Après une formation d’une semaine à un mois, ils ont été envoyés sur les lignes de front en Ukraine, souvent pour des « tâches extrêmement dangereuses ».
La Commission a aussi interrogé 85 soldats ayant déserté. Ils décrivent des pratiques violentes de leurs commandants – fusillades sur place, passages à tabac, détentions dans des fosses ou attaches à des arbres – révélant un mépris pour la vie et la dignité humaines.

