Dans la préfecture de Kindia, les tradipraticiens, longtemps considérés comme les gardiens d’un savoir ancestral, tentent aujourd’hui de faire entendre leur voix face à des difficultés persistantes qui fragilisent leur activité.
Réunis récemment au niveau de la préfecture, ces acteurs de la médecine traditionnelle ont affiché leur unité au sein d’une association qui fédère praticiens, aussi bien à l’échelle préfectorale que dans les sous-préfectures et districts. Une structuration progressive qui témoigne d’une volonté d’organisation et de reconnaissance institutionnelle.

Une organisation ancrée dans les territoires
Le bureau de cette association est établi dans la sous-préfecture de Friguiagbé, précisément dans le district de Tébaya. De là, elle coordonne les activités de plusieurs tradipraticiens répartis sur l’ensemble du territoire de Kindia.
Au fil des années, cette organisation a permis de former de nombreux praticiens et de renforcer la collaboration entre les membres. Une dynamique qui, selon ses responsables, a contribué à améliorer la qualité des soins traditionnels offerts aux populations.

Des défis structurels persistants
Mais derrière cette organisation, les difficultés demeurent. Les tradipraticiens font face à des contraintes majeures qui limitent leur efficacité au quotidien. Parmi les problèmes évoqués : l’accès au logement, l’insuffisance en eau potable, le déficit d’électricité, autant de facteurs qui impactent directement leurs conditions de travail.
À cela s’ajoute une question centrale : l’absence d’infrastructures adaptées pour la production et la transformation des médicaments traditionnels. Un manque criant qui freine la modernisation et la valorisation de cette médecine pourtant largement sollicitée par les populations locales.
Un plaidoyer pour un accompagnement accru
Rencontré dans son fief de Tébaya, le président de l’association, Karamoko Daouda Bangoura, plus connu sous le nom de Daouda Tébaya, dresse un constat sans détour. Selon lui, malgré les efforts consentis par les praticiens eux-mêmes, l’absence de soutien structuré constitue un frein majeur à leur développement.
Pour ce responsable, il devient urgent que les autorités locales et nationales accordent une attention particulière à ce secteur, à la croisée de la santé publique et du patrimoine culturel.
Entre tradition et modernité
À Kindia, comme dans de nombreuses régions de Guinée, la médecine traditionnelle continue de jouer un rôle de premier plan. Mais pour passer d’un système informel à un véritable levier de santé complémentaire, elle devra relever le défi de la structuration, de la normalisation et de l’accompagnement institutionnel.

En filigrane, c’est toute la question de la place des tradipraticiens dans le système de santé guinéen qui se pose. Une équation que les autorités ne pourront longtemps ignorer.

